La neurologie appliquée au mouvement
Toute information dans le corps est avant tout sensorielle; nous avons d’un côté nos sens dits extéroceptifs (vue, toucher, ouïe, odorat, goût, proprioception) qui nous donnent des indications sur le monde qui nous entoure et de l’autre nos sens intéroceptifs, qui nous relient à nos états internes. On englobe dans cette perception intérieure autant la régulation physiologique (température, respiration, rythme cardiaque, …) que la conscience de nous-mêmes dans son sens large.
Mais on peut y ajouter les empreintes de nos expériences passées, nos affects, nos croyances qui vont, autant que nos sens plus « biologiques », moduler d’une manière ou d’une autre nos réponses ou réactions face à notre environnement.
Et c’est bien de tout cet ensemble qu’il s’agit: de toute information multi-sensorielle résulte une réponse motrice, qui dépendra du système nerveux et de sa perception de la situation: à la manière d’un videur de boîte de nuit qui décide pour nous si la fête vaut la peine d’être vécue, notre cerveau intégrera et analysera tous les inputs sensoriels puis les filtrera par le tamis de la sécurité: si sentiment de sécurité il y a, l’évolution (ici, le mouvement) sera possible. Mais si c’est une impression de danger qui prédomine, des réponses réflexes de défense vont apparaître, nous protégeant par la-même de la menace.
Pourquoi est-ce important pour nous de le comprendre, tant au niveau du mouvement que de notre psychologie?
Parce que si on ne prend pas en considération ce chef d’orchestre qu’est notre système nerveux, régulateur en or de nos fonctions internes, nous passons à côté de ce qui pourrait nous faire avancer, nous débloquer et nous voir évoluer dans le sens de nos désirs. En ne respectant pas sa nature, nous forçons le changement par la volonté ou par la lutte et risquons au mieux de la frustration, au pire des blessures.
Si à l’inverse nous célébrons son souci noble de nous protéger, nous pouvons trouver des stratégies intelligentes et efficaces pour le changement. Soit sécuriser pour mieux libérer.
Au niveau psychologique, toute approche pour calmer le système nerveux sera utile, puisque qu’un système en équilibre fait naturellement baisser notre garde ; et une vigilance au repos adoucit nos tensions musculaires et délie le mouvement.
Au niveau physique, c’est l’augmentation des inputs qui sera privilégiée par la stimulation de tous les systèmes: visuel, vestibulaire, tactile, olfactif, proprioceptif, intéroceptif, etc.
Cette abondance informative développera une cartographie plus complète de notre corps, permettant au cerveau de mieux évaluer s’il y a danger ou non et de changer sa réponse motrice en fonction de son interprétation des signaux.
Pour un travail corporel intégré, évolutif, intéressant et aux résultats concluants, l’ajout de cette dimension neurologique donnera une expérience de soi plus complète et efficace.
