Suis-je traumatisé·e?

Lorsqu’on parle de trauma, notre esprit est vite invité à imaginer le pire : abus sexuel, violence enfantine, victimes de guerre ou de catastrophes naturelles, etc.
Et en même temps, ce terme est aujourd’hui tellement galvaudé qu’il est aisément servi à toutes les sauces dans nos conversations les plus banales.

Dans une situation comme dans l’autre, cela pose une question fondamentale : celle de la légitimité. Cette question revient constamment chez mes patient·es, qui s’interrogent sur leur mal-être et leur droit à le ressentir. J’entends régulièrement en séance des phrases telles que : « J’ai pourtant tout pour être heureux·se », « Je n’ai vraiment pas de quoi me plaindre », « Je devrais être reconnaissant·e pour tout ce que j’ai ». Comme si le droit de souffrir devait être validé par un passé tragique et indiscutablement douloureux. Faute de quoi, il faudrait se taire à jamais et se flageller constamment d’avoir des idées noires.

Ce raisonnement nous enferme dans un cercle vicieux où la souffrance, loin d’être accueillie, est niée ou minimisée. On amasse alors nos douleurs et nos questionnements sous un tapis qui, au fil des ans, devient de plus en plus épais. Et pourtant, on continue d’essayer tant bien que mal de l’aplatir sous nos pieds, jusqu’à ce que la bosse soit trop grande et qu’elle nous fasse trébucher.

Or, la souffrance n’est pas une compétition. Il n’existe pas d’échelle universelle de la douleur où certain·es auraient le monopole de la détresse et d’autres devraient se contenter de leur silence. L’impact d’un événement ne dépend pas uniquement de sa gravité objective, mais aussi de l’histoire, des ressources et de la sensibilité de chacun·e. Ce qui peut sembler anodin aux yeux des autres peut laisser une empreinte profonde chez celui ou celle qui le vit.

Reconnaître sa souffrance, c’est aussi reconnaître son humanité. Ce n’est ni un caprice ni une faiblesse, mais une invitation à écouter ce qui, en nous, appelle à être entendu. Ce n’est qu’en s’accordant le droit d’aller mal que l’on peut commencer à aller mieux.

« Il n’existe pas de douleur trop petite pour mériter d’être entendue. »

Yoga & Thérapie

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