Le trauma
Comme le soulignent de nombreux experts sur la question, le trauma n’est pas tant ce qui nous est arrivé que l’empreinte laissée en nous. C’est une expérience subjective dont les réactions vont dépendre à la fois de nos ressources internes, de notre environnement (soutien, présence de l’entourage) et du sens que nous donnons à l’événement.
« Le trauma n’est pas ce qui nous est arrivé. Mais ce que nous gardons à l’intérieur en l’absence d’un témoin empathique » Peter Levine
Rappelons-nous que face à un danger – qu’il soit réel ou perçu – notre corps active instantanément ses réponses instinctives de survie. Celles-ci, orchestrées par notre système nerveux, se manifestent sous forme de 1) mobilisation : la lutte ou la fuite. Dans ces états, le corps tout entier se prépare à réagir (accélération du rythme cardiaque, tension musculaire, etc.). Dans le meilleur des cas, cette (hyper)activation nous permet de trouver en nous la force nécessaire pour faire face, puis de retourner, une fois la menace passée, en état d’équilibre.
Cependant, lorsque ces stratégies ne suffisent pas – si le danger est trop intense, trop soudain ou perçu comme insurmontable –, notre système entre dans un état de protection ultime, appelé 2) immobilisation. Ce mécanisme, aussi nommé « sidération », agit comme un frein d’urgence, nous empêchant malgré nous de réagir activement. C’est une sorte de « mise en veille » où l’énergie reste bloquée dans le corps, en attente d’une opportunité de relâchement ou de sécurité.
Quelle que soit la réponse adoptée par notre système, notre physiologie se modifie pour assurer notre survie. Mais si nous ne parvenons pas à libérer cette charge à un moment ou à un autre, ce qui n’était au départ qu’une adaptation temporaire devient un état ancré. Nos difficultés ne sont donc pas « juste dans la tête », elles s’inscrivent aussi dans le corps.
« Être traumatisé signifie organiser sa vie comme si le trauma était toujours en cours – inchangé et immuable – où chaque nouvelle rencontre ou événement est contaminé par le passé. »
Le trop, catalyseur du trauma
Le trauma découle du “trop” : trop tôt, trop fort, trop souvent, trop vite, trop longtemps… soit autant de situations où la fuite, la défense ou la protection nous ont fait défaut ; par manque de maturité de notre système nerveux (chez les enfants par exemple), par manque d’occasion ou encore de ressources pour pouvoir faire face. Parmi les exemples les plus fréquents, on peut citer les violences physiques ou verbales, les abus, l’humiliation répétée, la négligence, les accidents, une perte inattendue, un choc émotionnel, ou encore des contextes environnementaux insécures comme la guerre. Ces expériences submergent notre capacité à revenir naturellement vers un état de sécurité et d’équilibre, indispensable à notre bien-être physique, émotionnel et mental.
Ce « trop » laisse des empreintes profondes : il empêche notre système de se réguler et peut entraîner non seulement un état d’hypervigilance chronique, comparable à une alarme intérieure qui ne cesse de sonner, mais aussi une véritable déconnexion: nous nous éloignons de nous-mêmes pour échapper à la douleur ou au danger, mais cette séparation intérieure persiste en nous, affectant notre perception des choses et notre manière d’être au monde.
“Le trauma, ce n’est pas l’événement difficile ou douloureux qui s’est produit, mais la façon dont cet événement a été vécu intérieurement. C’est la déconnexion de soi qui en découle, cette rupture intérieure provoquée par la souffrance.” Gabor Mate
Guérison du trauma
La clé de la guérison ne réside ni dans la résolution du « pourquoi », qui ne fait appel qu’à notre mental, ni dans une tentative de « changer le passé », mais dans notre capacité à transformer la relation que nous entretenons avec ce qu’il a laissé en nous. Plutôt que se limiter à parler de nos souffrances – qui parfois ne fait que les entretenir – commençons par modifier notre physiologie.
Il s’agit avant tout de retrouver un sentiment de sécurité intérieure, une ancre qui nous permet de vivre le présent avec plus de sérénité et de résilience.
Comme la mémoire traumatique est principalement logée dans le corps, c’est par lui que cette sécurité doit avant tout être incarnée, ressentie et intégrée. Le chemin de la guérison passe par une restauration progressive de notre capacité à répondre – même de manière symbolique – à ce qui nous avait figé dans l’impuissance ou la sidération.
C’est également un processus de reconnexion : reconnecter le corps et l’esprit, relâcher les tensions et rétablir une cohérence intérieure. En apprenant à écouter et à honorer les signaux du corps, nous ouvrons la porte à une expérience plus complète de nous-mêmes : plus alignée, plus entière, et capable de se mouvoir avec plus de liberté et de fluidité dans la vie.
« La guérison, c’est se retrouver là où nous nous sommes perdus ». Gabor Maté
« Pour surmonter un traumatisme, il est aussi important de se rappeler les moyens qu’on a déployé pour survivre que d’analyser ce qui a été brisé en soi ». Bessel Van der Kolk

Si cet article fait résonner quelque chose en vous, que vous vous sentez bloqué·e – comme un schéma qui se répète – et qu’il vous faut de l’aide pour traverser ces difficultés, n’hésitez pas à me contacter.
Références:
- Peter Levine: Réveiller le tigre – Guérir le traumatisme. Editions Inter, 2013
- Bessel van der Kolk: Le corps n’oublie rien. Editions Albin Michel, 2028
- Gabor Maté: Quand le corps dit non – le stress qui démolit. Editions Broché, 2017